La littérature serbe

La littérature serbe s'est longtemps transmise par la voix avant de s'écrire. Née des chants épiques que les paysans conservaient sous la domination ottomane, elle se dote au dix-neuvième siècle d'une langue écrite fondée sur le parler populaire, puis donne au vingtième siècle plusieurs auteurs traduits dans le monde entier, dont un prix Nobel. Elle reste marquée par la mémoire historique et par la question de l'exil.

Poésie épique orale

Les chants épiques serbes se récitent en décasyllabes, accompagnés par la gusle, un instrument à une corde frottée. Ils s'organisent en cycles, autour de la bataille de Kosovo, du héros Marko Kraljević ou des haïdouks révoltés contre le pouvoir ottoman. Cette poésie a fasciné l'Europe romantique et Goethe comme Jacob Grimm en ont salué la valeur littéraire dès les années 1820.

Réforme de Vuk Karadžić

Vuk Stefanović Karadžić, né en 1787 et mort en 1864, a fixé l'orthographe du serbe moderne et publié un dictionnaire en 1818. Il a surtout collecté les chants populaires et fait paraître entre 1823 et 1833 les quatre volumes des Chants populaires serbes. En imposant la langue parlée comme langue littéraire, il a ouvert la voie aux romantiques Branko Radičević, Đura Jakšić et Laza Kostić, puis à la poésie de Jovan Jovanović Zmaj.

Ivo Andrić et le prix Nobel

Ivo Andrić a reçu le prix Nobel de littérature en 1961. Son roman le plus connu, Le Pont sur la Drina, suit quatre siècles d'histoire bosniaque autour d'un ouvrage ottoman de Višegrad. La Chronique de Travnik et La Cour maudite prolongent la même méditation sur les empires et les hommes qui vivent à leur frontière. Ses livres restent le meilleur point d'entrée dans la mémoire balkanique.

Modernité du vingtième siècle

Miloš Crnjanski a écrit avec Migrations une fresque sur l'errance des Serbes d'Autriche, et son Lamento pour Belgrade compte parmi les grands poèmes de la langue. Danilo Kiš, né à Subotica d'un père juif hongrois déporté, a produit une œuvre brève et exigeante, notamment Jardin, cendres et Un tombeau pour Boris Davidovitch. Milorad Pavić a connu un succès international avec Le Dictionnaire khazar, roman en forme de lexique. Aleksandar Tišma, Borislav Pekić et le poète Vasko Popa complètent cette génération.

Auteurs contemporains

La scène actuelle reste vivante malgré un marché du livre étroit. David Albahari, longtemps installé au Canada, a fait de l'exil son sujet. Dragan Velikić, Goran Petrović, Svetlana Velmar-Janković et Vladimir Arsenijević figurent parmi les noms régulièrement traduits en français, souvent par de petites maisons spécialisées dans les littératures des Balkans.